• Demos Kratos

AVONS-NOUS BESOIN DES ÉLITES ?

Mis à jour : 28 mai 2019

La crise des Gilets Jaunes a matérialisé la haine que les citoyens français éprouvent envers leurs élites politiques, économiques et médiatiques. Pour qu’on soit bien clair, on va définir les élites comme les individus considérés comme les meilleures dans leur domaine. Aujourd’hui, nos représentants peuvent être considérés comme des élites politiques dans le sens où on les a élus parce qu’ils seraient les meilleurs pour gérer le pays.

Nous vivons donc dans un système politique où les meilleurs, “les aristoï” ont le pouvoir “le kratos”. On est donc dans une aristocratie où le peuple choisit ses aristocrates. Notre système actuel est basé sur l’idée que le peuple est aveugle et a besoin d’élites pour le diriger, mais qu’il a du flaire pour trouver et élire les élites qui serviront le mieux ses intérêts. Donc la question qu’on doit se poser c’est est-ce qu’une démocratie a besoin d’élites ?

Le premier constat qu’on peut faire, c’est que nos élites ont largement échoué. Elles ont échoué sur les questions politiques, économiques et écologiques. Bon, elles ont échoué selon nos critères. Parce que de leur côté, ils s’en sont plutôt bien sorti ! 26 milliardaires possèdent plus que la moitié de l’humanité. D’un point de vue politique, nos “représentants” ont suivi la doctrine néolibérale et ont donc choisi de donner le pouvoir au marché plutôt qu’à l’État, c’est-à-dire à l’argent, plutôt qu’aux citoyens.


D’un point de vue économique, la dérégulation, la financiarisation et la mondialisation de l’économie ont déjà créé des crises économiques sans précédents et mon petit doigt (majeur) me dit que la prochaine est dans pas longtemps. Et en ce qui concerne l’écologie, les humains ont engendré la 6ème extinction de masse, c’est à dire qu’on est train de tuer tout le vivant à une vitesse record, le changement climatique est devenu irréversible et la biodiversité est en déclin. Si notre civilisation est au bord de l’effondrement, ce n’est pas à cause du peuple, c’est à cause des élites qui ont pris le pouvoir politique et économique.


On comprend donc que les peuples du monde entier commencent à se révolter et à remettre en question leurs élites dirigeantes. Même si, paradoxalement, la plupart des parents veulent encore que leurs enfants deviennent des élites en espérant qu’ils seront plus sages. Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que le problème ne vient pas des compétences de nos élites actuelles, mais plutôt de la place qu’ont pris les élites dans notre système politique.

Il ne faut pas chercher à remplacer les élites actuelles par de nouvelles élites, même si elles sont jeunes et dynamiques, mais plutôt repenser la relation entre les aristoï et le kratos. Les élites ne sont peut-être tout simplement pas les meilleures personnes pour prendre les décisions les plus pertinentes vis-à-vis de l’intérêt général. En France, le système éducatif favorise la compétition et il a été prouvé depuis longtemps que les enfants les plus riches en capital économique et culturel sont largement avantagés.


Si ça vous intéresse; n’hésitez pas à aller lire La Reproduction Sociale de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Ces enfants des classes sociales supérieures atteignent plus facilement des écoles qui ont été créées sur mesure pour former l’élite du pays : l’ENA, l’ENM, HEC, Sciences Po etc…


Nous avons fait l’erreur de croire que le niveau d’étude était proportionnel à l’intelligence. Alors que ceux qui réussissent dans ce genre d’école, sont ceux qui ont appris à gérer, pas à réfléchir. Je viens de Sciences Po, je peux vous dire que c’est pas dans ce genre d’école qu’on vous apprend à remettre en question le système que vous vous préparez à diriger. Il faudrait déjà commencer par repenser notre système éducatif pour laisser plus de place à la coopération et à l’esprit critique plutôt qu’à la compétition et à l’apprentissage par coeur. Les personnes qui sortent de ces grandes écoles ne sont plus que des machines, conçues par des machines et qui vont gérer le pays comme une machine.

En 1960, l’élection de Kennedy aux Etats-Unis est symbolique de ce changement de classe dirigeante. L’âge de l’idéologie est fini et il s’agit désormais de manager une société technocratique en recourant à des experts issus de grandes écoles. Comme le disait Margaret Tatcher, Première Ministre britannique de 1979 à 1990, “There is no alternative”. Il n’y a pas d’alternatives. Enfin du moins il n’y en a plus. L’URSS s’est effondrée et a emporté tout espoir de voir le développement d’un modèle différent. Le seul système qui reste et peut régner en maître absolu est le capitalisme néolibéral géré par des techniciens qui pensent qu’un pays se gère comme une entreprise. Quand Emmanuel Macron parle de la France comme de la start-up nation, c’est parce qu’il compte gérer la politique à la manière d’un manager. Il faut accepter que nos élites dirigeantes ont été formées à être des techniciennes du capitalisme et non pas des intellectuelles cherchant le meilleur système pour assurer le bien commun.

On nous a fait croire qu’il fallait être pragmatique et que si on est pragmatique, il n’y a qu’une seule manière de bien gérer un pays. C’est faux ! Il faut renouer avec la possibilité d’avoir des alternatives. De véritables alternatives, des idéologies différentes, pas uniquement l’alternance entre Socialistes et Républicains. En s’accaparant la majorité des médias depuis 60 ans, nos élites économiques ont réussi à convaincre nos élites politiques qu’il n’y avait pas d’alternatives au système actuel. Il faut sortir du pragmatisme technicien qui ne laisse aucune alternative et renouer avec l'idéalisme populaire qui laisse les citoyens imaginer un avenir meilleur. En d’autres mots, enlevons le pouvoir aux élites politiques et économiques, mais ne tuons pas les élites intellectuelles.


Nous avons grand besoin de personnes comme Pierre Rimbert, Frédéric Lordon ou Paul Ariès. Bon sauf quand il parle de véganisme. Actuellement, selon la classe dirigeante, nous serions dans une démocratie même si ce sont des élites qui nous dirigent parce que ces élites ont été sélectionnées parmis les plus méritants : c’est la méritocratie. Depuis des décennies, on nous vend la méritocratie comme la condition nécessaire à la démocratie. Ben oui, une société dans laquelle les plus méritants obtiennent le pouvoir, c’est pas beau ça ? Sauf que la méritocratie est anti-démocratique par excellence.


La méritocratie n’est rien d’autre qu’une forme d'aristocratie où tout le monde peut devenir un aristoï et donc avoir le pouvoir. Et si on décidait de changer de paradigme ? Et si on quittait cette culture de la compétition pour une culture de la coopération ? Et si on en finissait avec l'aristocratie méritocratique et qu’on débutait une véritable démocratie coopérative ? Il y aurait toujours des élites, des Aristoïs, mais elles n’auraient plus le pouvoir, le Kratos. Le peuple consulterait ces élites pour avoir des conseils et non pas l’inverse. #GrandDébat


Il faut repenser le partage du pouvoir entre les élites et le peuple. Les élites intellectuelles doivent éclairer et former le peuple pour qu’il puisse lui-même décider de l’orientation de la politique du pays. Ensuite, les élites techniciennes qui sortent des grandes écoles seraient chargées d’appliquer la volonté du peuple. En somme, il s’agirait de remettre le peuple au centre de la décision politique. La véritable démocratie ne serait donc pas un système dans lequel les citoyens choisissent des élites qui vont diriger le pays, mais un système dans lequel ils choisissent directement la politique à mener et laissent les élites techniciennes mettre en place ces réformes.



La démocratie n’a pas forcément besoin de représentants à petite échelle, mais cela devient beaucoup plus difficile de s’en passer à grande échelle. Nous ne rejetons donc pas l’idée de représentants, mais ils doivent être déterminé autrement que par le mode de scrutin actuel. Ils doivent également être beaucoup plus contrôlés directement par le peuple via des outils comme le Référendum d’Initiative Citoyenne par exemple.


Si vous ne deviez retenir qu’une seule chose, c’est que nous avons besoin des élites culturelles et intellectuelles pour nourrir le peuple. Nous avons besoin d’élites techniciennes pour appliquer des politiques publiques. Mais nous avons surtout besoin de redonner au peuple le pouvoir de décider de son avenir.


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