• Demos Kratos

POUR UNE FIN DE L'ÉCOLOGIE MAINSTREAM

Pourquoi faisons nous des marches ? Pour le climat ! Oui ça on le sait tous. C’est écrit sur toutes les pancartes et tous les médias en parlent. La vraie question, c’est : dans quel objectif ? Qu’attendons-nous de cette marche ? Je vois deux possibilités : Soit c’est pour faire pression sur le gouvernement, soit c’est pour nous réunir, nous rencontrer entre écolos et nous organiser pour une lutte plus approfondie.



Si c’est pour faire pression sur le gouvernement, c’est nécessaire mais largement insuffisant ! Si c’est pour nous réunir, profitons de cette occasion pour réfléchir à des moyens d’actions plus efficaces pour sauver ce qu’il reste à sauver.


Sur la page Facebook de Greenpeace France on peut lire “Greenpeace France, c’est 40 ans d’action non violente, de désobéissance civile et de détermination pour protéger l’environnement et la biodiversité.” Depuis 40 ans on se bat et pourtant chaque année c’est de pire en pire. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Selon moi, ce qui ne fonctionne pas, c’est le discours écologique mainstream : Shakaponk qui prône les petits gestes, Greenpeace avec le lundi sans viande, Yannick Jadot qui dit incarner "l'écologie de gouvernement", favorable à "la libre entreprise et l'économie de marché”.


L’écologie mainstream ne fonctionne pas car elle est anthropocentrique. On ne pense à l’environnement que comme une ressource que nous pouvons utiliser pour notre bien être. On parle d’ailleurs souvent de protection de l’environnement plutôt que d’écologie. L’écologie profonde est biocentrique. Elle vise à défendre la vie de tous les êtres vivants et de la nature indépendamment de leur utilité pour nous. Il faut passer de l’anthropocentrisme au biocentrisme et passer de l’écologie mainstream à l’écologie profonde.


Première chose à repenser : arrêter de classer le vivant en fonction de nos critères. Non un poisson rouge n’a pas moins de valeur qu’un être humain juste parce qu’il n’a pas les mêmes dispositions que nous. Hiérarchiser le vivant, c’est ce qu’on appelle le spécisme. Le concept de spécisme est construit de la même manière que le racisme et sexisme.

C’est une classification arbitraire des êtres vivants généralement réalisée par l’espèce, la race ou le sexe qui profite le plus de cette classification. Il faut arrêter de penser le reste du vivant, qu’ils soient animaux ou végétaux comme étant créés uniquement pour nous servir. Le vivant existe pour lui même et par lui-même. L’écologie profonde ne considère pas que nous devrions arrêter totalement d’avoir une influence sur notre environnement. En revanche, elle considère que cette influence doit s’arrêter à la seule satisfaction des besoins vitaux de notre espèce. En d’autres termes, si manger des animaux n’est pas vital pour nous, nous devrions tous devenir végane.


Seconde chose à repenser : l’action individuelle. Devenir végane n’est pas une solution en soi. C’est surtout une manière d’être cohérent avec nos idées et nos revendications. J’ai toujours du mal à parler à quelqu’un qui se dit écolo, mais qui est farouchement opposé à devenir végétarien, puis végane. Je trouve qu’on ne peut pas être véritablement écolo si on ne remet pas en question au moins notre rapport aux autres animaux. Certains pensent l’action individuelle comme le moyen d’action le plus efficace : si tout le monde arrêtait de manger de la viande… Le problème, c’est que nos choix sont inconscients et déterminés par la société dans laquelle nous évoluons. Il ne faut donc pas blâmer l’ouvrier qui va manger une merguez à la fête de l’huma. Il ne faut pas blâmer le citoyen qui habite en campagne et qui prend sa voiture pour aller travailler. Il ne faut pas blâmer l’écolo qui mange encore de la viande. Si le libéralisme s’est attaché à isoler chaque individu, c’est pour une bonne raison. Les véritables changements ne s’opèrent pas au niveau individuel, mais au niveau du collectif. C’est en changeant la structure de notre société qu’on amènera un véritable changement. Par exemple : transports gratuits ou des cantines véganes. Il faut donc s’attaquer à notre système politico-économique plutôt qu’à chaque individu isolé. Ce qui ne veut pas dire que nous devons arrêter de nous changer nous-même. Mais il faut arrêter de culpabiliser l’individu comme le seul responsable de son mode de vie.


Troisième chose à repenser : Décroissance plutôt que croissance. Il faut que nous acceptions l’idée que notre mode de vie ne doit plus se développer, qu’il ne peut pas se développer de manière durable. Un véritable développement durable signifierait en réalité une réduction de notre production et de notre consommation. En d’autres termes, la seule solution viable écologiquement, c’est la décroissance.

Lorsque l’on parle de décroissance, il ne s’agit pas forcément de dire : “revenons en arrière”. On peut garder cette idée de progression, mais il faut la délier du PIB. Il ne faut plus mesurer notre développement en termes de croissance économique, mais en terme de bien-être de la biosphère complète : nous, les animaux non-humains, les végétaux etc… Par exemple : plutôt que de développer des voitures électriques individuelles, il faut mettre en place des transports en commun gratuits pour tous. Et surtout, il faut relocaliser pour réduire ses transports. Certes, on va y perdre un petit peu en confort le temps de se réhabituer, mais notre mode de vie n’est pas soutenable. Là vous allez me rétorquer que ce n’est pas notre mode de vie qui n’est pas soutenable, mais celui des ultras riches ! Les 1% qui se gavent !


Quatrième chose à repenser : Les 1% qui se gavent. Ils ont empoché 82% des richesses créées l’an dernier : C’est eux le problème ! ils sont 75 millions ! Mais il n’y a pas 75 millions de multi milliardaires dans le monde. On fait partie des 1% quand on gagne 2385€ net par mois. Avec un Smic, soit 1110€ nets par mois, on fait partie des 8% les plus riches du monde. Donc nous faisons intégralement parti du problème ! Nous délocalisons notre pollution aux pays pauvres et nous ne la voyons donc pas. Notre mode de vie actuel, même le plus modeste, n’est pas soutenable. Je ne dis pas qu’il faudra encore se serrer la ceinture, ce n’est plus possible pour beaucoup d’entre-nous. Ce n’est plus à nous de faire tous les efforts, mais à l’Etat. Si un hollandais pollue beaucoup moins qu’un français, ce n’est pas parce qu’il est plus responsable. C’est parce que l’Etat a mis à disposition de meilleurs infrastructures. Nous devons repenser notre mode de vie pour revenir à des choses plus simples. Il faut refuser ce qu’on nous vend comme de la modernité et qui n’est rien qu’un gaspillage monumental de ressource pour trop peu de bien être en échange.


Mais comment faire pour influencer l'État ? Selon les différents rapports scientifiques, il nous faudrait agir de manière radicale dans un délai d’un à deux ans pour permettre un futur vivable pour nous, nos enfants et nos petits enfants. Donc au vu du temps qu’il nous reste, marcher d’un point A à un point B ne suffira pas. Nous ne sommes pas à la hauteur des urgences actuelles.


Donc que faut-il faire ? Continuer à alerter les gens sur tous les points précédents ou alors agir directement ? La réponse est simple : il faut faire les deux, mais en prenant conscience qu’on ne pourra plus mettre un post facebook dans 40 ans pour nous féliciter de n’avoir rien changé ! Il faut continuer d’informer, mais en radicalisant le message ! Et il faut continuer d’agir directement, mais en radicalisant nos actions ! Être radical c’est prendre les problèmes à la racine. Dans le message, si le problème c’est les énergies fossiles, arrêtons de dire qu’il faut passer aux énergies renouvelables car elles sont pleins de ressources rares et non renouvelables. Parlons plus de décroissance et de low tech. Dans les actions : si le problème c’est l’Etat, désobéissons. Arrêtons massivement de payer nos impôts, même si c’est plus difficile avec le prélèvement à la source. Allons bloquer des mairies, des préfectures. Allons perturber le quotidien de ceux qui ne font rien. Ne soyons pas dupes, même avec 5 millions de personnes mobilisées dans les marches pour le climat, le système n’acceptera pas de lui-même son autodestruction. Le nombre n’est pas un indicateur pertinent.


Avec l’affaire du siècle, même avec 2 millions de personnes signataires, le gouvernement s’en fout, et en plus il faudra attendre 8 ans pour jugement… Alors qu’à la zad de Notre-Dame-des-Landes le gouvernement envoie l’armée direct, il a peur. Plusieurs groupes se revendiquent déjà de l’écologie profonde et de la radicalité : Extinction Rébellion et Deep Green Resistance.


Être des millions ne suffira pas à sauver ce qu’il reste à sauver. Maintenant il n’est plus de temps de massifier, il est temps d’agir concrètement. On peut toujours continuer d’attirer de nouvelles personnes, mais ça ne doit pas être une fin en soi ! Si on attire de nouvelles personnes, c’est pour les former à un discours et à des actions radicales.


Nous vivons un moment historique et très certainement le moment le plus historique de toute l’histoire de notre espèce. Nous n’avons pas choisi de naître à cette époque. Nous n’avons pas choisi de vivre un effondrement écologique, économique et politique. Notre seul raison d’être aujourd’hui doit être de sauver tout ce qu’il reste à sauver. Que ce soit une espèce animale ou végétale, que ce soit une forêt ou une plage sauvage.


L’humain a détruit tout ce qu’il a pu. Tâchons en retour de sauver tout ce que nous pouvons. Réduisons l’impact de notre effondrement sur le reste du vivant.


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