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LE POPULISME : DANGER POUR LA DÉMOCRATIE ?

Mis à jour : 28 mai 2019

Les termes “démocratie” et “populisme” sont souvent utilisés à tort et à travers par les éditorialistes, qui nous empêchent de penser clairement comment s’opère le pouvoir au peuple. Juan Branco nous montre très bien que l'élite dirigeante n’a aucun intérêt à ce que nous ayons plus de pouvoir.

“Ils ne sont pas corrompus, ils sont la corruption. Ils ont réussi à établir un système dans lequel la corruption est devenue légale. C’est eux qui font la loi, c’est leur fonction dans la société." Je vous recommande son interview en entier et son livre Crépuscule que vous pouvez télécharger gratuitement en pdf.


Mais qu'en est-il des intellectuels qui soutiennent ce projet néolibéral ? Sont-ils tous contre la démocratie ? Bien évidemment que non. Ils parlent de Démocratie mais ils n’ont pas la même définition que nous. Pour comprendre leur vision de la démocratie, il faut revenir rapidement à la fin du XXème siècle, quand le néolibéralisme s’impose un peu partout en occident. Quand je parle de Néolibéralisme, je veux parler de l’idéologie qui prône la limitation du rôle de l’État en matière sociale, juridique et économique. Alors que l’État avait pris une place très importante après la Seconde Guerre Mondiale, le capitalisme change de phase et veut cette-fois ci donner le pouvoir au marché.


Si le marché était considéré comme l’ennemi de la démocratie à la fin du XIXème siècle, #Marx, cette fois-ci il devient Le lieu de la démocratie. Les néolibéraux veulent développer un système où les citoyens décident moins au travers des lois qu’au travers de leur consommation. L’utopie ici c’est que le consommateur devient un citoyen consomm’Acteur qui décide au quotidien de l’offre et de la demande. C’est la Loi du marché : la main invisible qui s’occupe comme par magie de répondre aux demandes du peuple. La démocratie par les citoyens composant l’État laisse donc la place à une démocratie par les consommateurs composant le marché. L’important n’est plus tellement de voter une fois tous les 5 ans avec des bulletins, mais tous les jours avec des billets.


Dès lors le mot démocratie est lié au Marché. Quand un bien de consommation s’est “démocratisé”, c’est qu’il est devenu accessible à une majorité de consommateurs. Ce modèle de la démocratie de marché a tellement été popularisé que beaucoup de citoyens comptent aujourd’hui sur le boycott et le buycott pour changer la société. Par exemple, pour que Nutella arrête la déforestation pour la production de l’huile de palme, il suffit d’arrêter d’en acheter plutôt que de faire passer une loi contre la déforestation. Au final, en boycottant on accepte d’utiliser les règles de la démocratie de marché plutôt que celles de la démocratie d’État. On peut bien évidemment continuer à consommer intelligemment pour être en cohérence avec nos valeurs, mais il ne faut pas tout miser là-dessus.


On peut critiquer la démocratie d’État sur pleins de points, mais au moins chaque citoyen représente une voix. Alors que dans une démocratie de marché, le pouvoir de chaque consommateur est proportionnel à sa richesse. Ça me rappelle un article que j’ai lu il y a quelques jours dans l’Obs qui invitait tout le monde à boycotter les grands palaces parisiens détenus par le sultan de Brunei. Aujourd’hui, la démocratie d’État se limite à une bureaucratie gérée par des experts, plus ou moins compétents, dont l’unique mission est d'assurer le bon fonctionnement du marché puisque, je le rappelle, c’est là que se joue la démocratie.


L’UE en est un bon exemple. Le Parlement Européen, seul organe élu par le peuple, n’a pratiquement aucun pouvoir face à la Commission Européenne composée de technocrates choisis par les chefs d’État. Petit rappel : le Parlement n’a pas l’initiative législative. Ça veut dire que les élus n’ont pas le droit de proposer des lois. Souvenez-vous en avant d’aller voter. Pendant des décennies, les peuples européens ont plus ou moins accepté ce paradigme jusqu’à la crise de 2008 où ils se sont rendu compte que le marché n’assurait pas son prétendu rôle démocratique.

Cette crise a été un terreau fertile pour les mouvements populistes qui remettent en question la démocratie d'État Technocratique au service du marché. Pour mieux comprendre la question du populisme, on en a discuté avec la doctorante Laura Chazel dont c’est le sujet de recherche. La démocratie est un terme caoutchouc. Aujourd’hui, même les pires ennemis du peuples se disent démocrates. Il faut donc systématiquement rajouter un signifiant au mot démocratie. Démocratie représentative, directe, de marché, d’Etat, etc... pour mieux définir ce dont on veut parler. Une des combinaisons les plus utilisées aujourd’hui est très certainement celle de la “démocratie libérale” qui définit nos systèmes politiques occidentaux. La démocratie libérale, basiquement c’est : un système représentatif, le respect des libertés individuelles, la concurrence entre des partis politiques, la séparation des pouvoirs et l’Etat de droit.


Mais dans “démocratie libérale”, on a aussi l’idée que le système est caractérisé par une économie capitaliste régie par la loi du marché. Donc on pourrait très bien remettre en cause la partie économique, sans remettre en cause la partie politique. Mais c’est plutôt compliqué puisque tout est regroupé sous le même terme. C’est pour ça que j’ai préféré utiliser les termes et parler de Démocratie d’Etat et de Démocratie de marché. Pour revenir sur le populisme, ce n’est pas une idéologie en soi, mais une Stratégie électorale reposant sur un type de discours spécifique. Certains le confondent avec la Démagogie, c’est-à-dire l’art de plaire au peuple. En soit, tous les partis sont démagogues puisqu’ils cherchent à se faire élire par le peuple, mais seulement certains sont populistes. Le populisme de droite ne remet pas véritablement en cause la partie économique et promeut une réaffirmation du rôle du Chef en politique. Au contraire, le populisme de gauche s’attaque à la partie économique néolibérale et promeut un approfondissement de la représentation en politique. Aucun de ces deux populismes n’est vraiment Révolutionnaire. Ils restent sur des logiques réformistes. Par exemple, le populisme de gauche ne remet pas systématiquement en cause la démocratie représentative.



Si le populisme exclusif, donc de droite, peut légitimement être considéré comme un danger pour la démocratie car il réduit le champ du peuple et menace les libertés individuelles, le populisme inclusif, donc de gauche, est à mettre à part car il cherche à corriger les défauts de la démocratie représentative en y incluant davantage tout le peuple. Mais plutôt que de simplement réformer la démocratie représentative, peut-être devrions-nous continuer à imaginer ce que devrait être une véritable démocratie. À force de vouloir gouverner sur le court-terme, nous avons laissé s’établir des systèmes politiques basés sur la rapidité des décisions. L'État d’urgence, le 49.3 ou encore les ordonnances n’ont rien de démocratique. La Démocratie, c’est peut-être aussi repenser notre rapport au temps. Prendre le temps de s’informer, de douter, de débattre de chaque sujet, pour trouver des solutions communes à nos problèmes communs. Quand nous prenons ce temps de réflexion et que nous nous organisons, nous leur faisons peur. Mais ils ne nous laisseront pas faire.


Mais ce n’est pas notre mission de vous apporter des réponses toutes faites. Nous ne sommes là que pour poser des questions. Et une des plus importantes est très certainement: le capitalisme est-il amendable ? L’effondrement auquel fait face notre civilisation thermo-industriel nous apporte une partie de la réponse. Mais avons-nous encore le temps de prendre le temps ? Il faudrait apprendre à nous organiser dès maintenant pour faire face à notre chute, être prêts à lutter et à résister et surtout à redécouvrir la signification profonde du vivre ensemble.


Voir la vidéo :


"Crépuscule" de Juan Branco en pdf :

http://branco.blog.lemonde.fr/files/2019/01/Macron-et-son-Crepuscule.pdf


L’interview de Juan Branco sur Thinkerview : https://www.youtube.com/watch?v=yEtmZKE5jhw Le “Manière de Voir” n°164 du Monde Diplomatique : https://boutique.monde-diplomatique.fr/boutique/maniere-de-voir-164-tous-populistes-version-numerique.html

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