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REVENDIQUER L'ANTISPÉCISME

Après deux ans de véganisme, j’ai décidé de ne plus me revendiquer comme végane parce que le véganisme est un mode de vie individuel et on est pas des colibris. Et donc si on veut changer la société avec tout le monde en même temps il faut un projet politique et ça s’appelle l’antispécisme, mais c’est quoi le spécisme ?

Comme Peter Singer l’explique, le terme de spécisme se construit de la même manière que racisme ou sexisme. Mais ce n’est bien évidemment pas la même chose. Si cette comparaison vous semble choquante, je vous invite à aller voir la vidéo de Jihem Doe sur ce sujet elle est très intéressante L’antispécisme, c’est donc un projet politique dans lequel on considère que l’espèce à laquelle appartient un animal n'est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter. Quand je dis projet politique, je veux dire qu’à la différence du véganisme, il ne s’agit pas simplement de se changer soi. Il s’agit de changer les règles qui régissent nos rapports avec les autres êtres vivants.


La théorie c’est que la vie d’un animal non-humain a autant de valeur que la vie d’un animal humain. Si nous pouvons vivre sans avoir besoin de tuer des animaux, et bien il n’y a aucune raison éthique de continuer à le faire. Bien évidemment cette théorie ne s’applique pas si tu tombes sur une île déserte et que tu n’a rien à manger à part un petit cochon. Parce qu’il s’agit de ta survie ! Mais on n’est pas sur une île déserte, donc pas besoin de tuer le petit cochon ! Pour vous donner un exemple de ce que les militants antispécistes revendiquent : l’interdiction d’exploiter des animaux dans les cirques. On pourrait très bien se divertir sans faire souffrir des êtres vivants capables de ressentir la douleur physique et morale non ? Les militants antispécistes ont compris qu’on ne pouvait pas changer la société uniquement en sensibilisant les individus qui la composent. Ça passe aussi par des lois et des institutions qui créent un nouveau cadre propice à ce changement. Pour revenir avec mes gros concepts, il faut passer par la Démocratie d’État plutôt que par la Démocratie de Marché.

Des centaines de mairies en France ont déjà interdit les cirques avec animaux sauvages. Oui on en est encore à faire une distinction entre animaux sauvages et animaux domestiques. Parce que exploiter un tigre pour amuser la galerie c’est pas très éthique, mais exploiter des chevaux ou des chiens, ça ça va, ok. Encore une fois, cette différence de droits entre les espèces n’a pas lieu d’être. Mais bon j’admets que c’est peut être plus stratégique de libérer d’abord les animaux sauvages puis plus tard les animaux domestiques. Vous devez vous dire que les antispécistes imposent leur vision du monde aux autres. La démocratie, c’est le pouvoir du peuple. Mais ça veut tout et rien dire en fonction de qui on intègre dans le peuple. Essayons de sortir de cette vision anthropocentrique du peuple. Le peuple pourrait très bien être constitué de l’ensemble des êtres vivants. Est-ce que ça veut dire donner le droit de vote aux moutons ? Non, sinon ils vont voter pour Macron après !!? Hum… c’est un peu spéciste comme blague ça...


Là on part plus loin que l’antispécisme et on va parler de l’animalisme. L’animalisme, c’est l’idée que les animaux même non-humains doivent avoir des droits. Dans l'article L214 du code rural de 1976, les animaux y sont pour la première fois désignés en tant qu'êtres sensibles et en 2015, le Code civil français reconnaît aussi que les animaux sont des êtres doués de sensibilité. Donc puisqu’ils peuvent ressentir la douleur, ils devraient au moins avoir le droit de ne pas souffrir. Bien évidemment, on ne va pas donner les mêmes droits à une poule et à un humain. Il s’agira d’attribuer à chaque individu des droits en fonction de ses intérêts.

Bon je pense qu’à ce stade-là j’ai déjà perdu une grande partie d’entre-vous et que les quelques derniers qui restent se disent que c’est bien utopique ! Mais depuis 2016 il existe un parti animaliste en France. Ils se sont présentés aux élections législatives de 2017, et vous avez aussi le REV, le Rassemblement des écologistes pour le vivant qui a un peu plus développé le projet d’écologie politique.

Pour l’instant, ils n’ont aucun député. Ce qui est plutôt normal puisqu’en France on est largement à la ramasse sur la question de l’antispécisme et du droit animal en général. Mais j’ai eu la chance d’étudier pendant un an à Amsterdam où vous avez le siège du Partij Voor De Dieren, Le Parti Pour Les Animaux, qui a été créé en 2002! Aujourd’hui, le parti a 5 députés sur 150 au Parlement néerlandais ! Donc proportionnellement, ils ont plus de poids au Parlement que tout le groupe de la France Insoumise ! Leur objectif n’est pas d’être majoritaire, mais d’imposer le sujet du droit animal dans la vie politique. Avec près de 20 000 membres et 335 000 voix recueillies aux législatives de 2017 sur 13 millions d’inscrits, ils obligent les autres partis à se préoccuper de la question des animaux non-humains.

Pour revenir sur l’animalisme, on a même des avocats et des professeurs spécialisés dans le droit des animaux. A l’université d’Amsterdam, j’ai pu suivre un cours d’Animal Studies qui était enseigné depuis plus de 10 ans. Oui on a du retard… En France ça vient tout juste d’arriver.


En conclusion, les animalistes et les antispécistes sont bien évidemment véganes. C’est plutôt compliqué de dire qu’il ne faut pas faire souffrir inutilement les animaux non-humains tout en mangeant un steak. J’espère que vous comprendrez mieux pourquoi certains véganes sont chiants à essayer “d’imposer leur mode de vie”. Il ne s’agit pas d’eux, il s’agit de la vie des animaux.

Si vous êtes contre le racisme, pourriez-vous vivre dans un monde où l’esclavage des noirs existe toujours sans rien dire ? Si vous êtes contre le sexisme, pourriez-vous vivre dans un monde où les femmes n’ont toujours pas le droit de vote ? Mais ça ne se résume pas qu’à ça. Si vous êtes contre le spécisme, vous ne pouvez tout simplement pas vivre dans un monde qui tue plus de 1000 milliards d’animaux non-humains par an et ne rien faire. C’est juste impossible. Alors certains se disent qu’on pourrait manger moins de viande mais d’une meilleure qualité. Qu’on pourrait élever et tuer les animaux dans des bonnes conditions. Ca c’est la position welfariste. Mais est-ce qu’on peut tuer éthiquement un animal qui ne veut pas souffrir simplement pour notre plaisir ? L’antispécisme, ce n’est pas négocier les conditions de l’esclavage, c’est abolir l’esclavage !


Je pense que nous devons apprendre à dépasser le cadre de l’individu et de ce qu’il a dans son assiette. Nous devons passer au niveau collectif, nous devons proposer un projet politique. Pour ce projet global de l’écologie politique, je vous invite vraiment à aller voir la conférence que j’ai réalisée à Grenoble. Elle développe plus le sujet que cette vidéo qui avait surtout vocation à vous introduire à ces quelques concepts. Si vous êtes déjà végane et que vous voulez allez au-delà que la démarche individuelle, je vous invite vraiment à utiliser les termes d’antispécisme et d’animalisme qui renvoient à de véritables projets politiques. Militons pour le droit de tous les animaux, quelque soit leur espèce, leurs origines ou leur sexe. Ce que je vous propose sur cette chaîne, c’est de reprendre le Kratos, mais surtout d’élargir le Démos !


Pour voir la vidéo complète :


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